Marisol Najarro, Directrice Pérou

Marisol Najarro, directrice du projet Forestera au Pérou

Pour compléter la publication précédente axée sur le « bean to bar » (de la fève à la tablette), nous vous parlons aujourd’hui d’une filière originale : le « tree to bar » (de l’arbre à la tablette). Il s’agit de mener des plantations de cacao en agroforesterie, respectueuse des sols et des hommes, et de vendre les fèves en circuit équitable. Le tout porté par un financement original auquel vous pouvez participer !

Le projet Forestera

« L’importance de créer un agrosystème dans une plantation de cacao se justifie par le fait que le cacaoyer a besoin d’ombre pour grandir, et que c’est un arbre très gourmand qui prélève beaucoup dans le garde-manger des sols » souligne Lenny Martinez, responsable projet au sein de Forest Finance France.  

fleur cacao

Fleurs de cacaoyer

Cette structure est une entreprise de gestion forestière et agricole. Elle a reçu l’agrément Entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS) en décembre 2015. Son objectif : (re)mettre la forêt au centre d’un modèle économique durable, au service de l’environnement humain et de la biodiversité. 

Grâce au soutien des citoyens et institutions qui entrent dans le capital de sociétés agricoles et forestières opérationnelles, elle reboise à partir d’essences mixtes des zones dégradées en s’appuyant sur les savoirs locaux. Une fois que ces projets fonctionnent, ils dégagent des revenus. Ensuite, les bénéfices sont partagés entre les actionnaires et également ré-investis dans les territoires.

Un mode de financement original

Idéalistes mais aussi pragmatiques, les créateurs du projet pensent que pour être véritablement durable, il faut être rentable. Le montage conjugue sans complexes la plateforme participative citoyenne WiSEED et le pôle « Finance et Solidarité » d'Amundi, l’un des fonds de placements les plus exigeants au monde.

Un travail de longue haleine

Sur le terrain, la démarche se déroule en plusieurs étapes.

- Ils choisissent des terres dont personne ne veut plus car elles ont été surexploitées.

- Ils y plantent des arbres nobles et des cultures locales dont les graines viennent de leurs plantations et de leurs pépinières. C’est le principe de l’agroforesterie.

- Ils forment et rétribuent de manière équitable des intervenants locaux, pour que les plantations poussent au mieux.

- La forêt va grandir naturellement tout autour. De nombreuses essences vont s’implanter, les animaux vont revenir, recréant alors un écosystème complet.

- Au bout de 4 ans, c'est la récolte les premières fèves de cacao. Au fil du temps, certains arbres sont prélevés. Ces produits de la forêt sont transformés en partie sur place par les équipes pour ancrer le projet plus profondément dans le tissu économique local.

employ

Au Panama

Une première expérience menée au Panama a donné ses premières fèves. Christophe Bertrand, de la chocolaterie A la Reine Astrid, a tenté une transformation en tablettes. La dégustation est satisfaisante. Elle s’améliorera encore avec la maturation des plants qui entreront en pleine production à huit ans. Encore trois années d’efforts et d’attente !

Au Pérou, dans la région de San Martin

« Nous sommes particulièrement attentifs au travail post-récolte. La fermentation et le séchage sont supervisés par Augustin Fromageot, chef de projet au Pérou et seul expatrié parmi l'équipe sur place » note Lenny Martinez.

Employé Post-récoltes

« En investissant dans les étapes de transformation des matières premières, nous souhaitons développer sur place des activités connexes permettant de valoriser au maximum notre démarche sociale et environnementale » explique Lenny. « Nous associons l’écologie, l’économie et la création de valeur. La réussite et la pérennité du projet entrepreneurial de Forestera repose sur des principes sociaux fondamentaux : création d’emplois stables et correctement rémunérés, horaires aménagés, formation continue, usage des outils performants et sûrs pour la santé des salariés. L’Homme est au cœur du dispositif. Nous mettons en place un plan d’évaluation et de suivi de l’impact social de ses activités et de ses pratiques en faisant appel à un expert indépendant, l’entreprise française Kinomé. »

Employés Pérou

Des arbres qui ne cachent pas la forêt

Environ 1 000 plants de cacao constitués de sept variétés différentes de cacao fin (Trinitario) seront cultivés sur chacun des 80 hectares. Les variétés ne sont pour l’heure pas spécifiques au terroir mais sont résistantes aux maladies (monilia, balai de sorcière) et bien adaptées aux sols. Il s’agit de six clones de la famille des Trinitario : ICS 1, ICS 6, ICS 39, ICS 95 (de Trinidad & Tobago) et UF : UF 650, UF 674 du Costa Rica et le TSH 565 (qui est un hybride). S’ajoutent à cela deux variétés de Forastero : UF 650, UF 674.

Foret

Forestera rejette tout usage du CCN51, variété pourtant très utilisée à San Martin. Cette dernière produit beaucoup à l'hectare, mais exige un fort usage d'intrants et est très acide (donc difficile à travailler).

Les cacoyers sont combinés à d’autres plantes utiles, qui dispensent des zones d’ombre secondaires et permanentes ou améliorent la qualité des sols. Parmi les essences ligneuses plantées dans l’optique de favoriser un retour de la biodiversité se trouvent :

  • La Capirona (Capirona decorticans)

  • La Bolaina blanca (Guazuma crinita)

  • Le Pino chuncho (Schizolobiun amazonicum)

  • Le Cedro blanco (Cedrela odorata)

  • Le Moena (Moena amarilla)

  • Le Jagua (Genipa americana)

  • Le Caoba (l’acajou) (Swietenia macrophylla)

  • Le Pois d'Angole (Cajanus cajan) qui est un petit buisson de la famille des fabacées (du pois, du haricot). Il enrichit le sol en azote, et son système racinaire fragmente les sols compactés

  • occasionnellement, des orangers et citronniers.

    graines

    Mais cela ne s’arrête pas là. « Nous envisageons d'ajouter d'autres cultivars spécifiques au terroir local, ainsi qu'un essai sur un hectare en culture bio » précise Lenny.

    Participer au projet

    Vous pouvez participer au financement du projet sur WiSeed ici (clic) jusqu’à la fin du mois de mai 2017. Au bout de huit ans, la plantation atteint sa maturité et devient rentable. Forestera revendra alors les terres, promis, à des structures vertueuses.

    A lire les témoignages des quelques 580 investisseurs sur WiSeed, les motivations sont variées. Si les préoccupations écologiques et sociales dominent, certains confessent des options plus terre à terre : « j’aime le chocolat ! » dit une participante... Quand un autre explique tout simplement que cette opération est beaucoup plus rentable que la filière bois : cette dernière nécessite bien plus que 8 années pour avoir un retour sur investissement. Solidaire mais réaliste !

    https://www.wiseed.com/fr/agroforesterie/forestera